Photographie.

Considérant ici la photographie comme une pratique, c'est d'abord ma propre pratique que j'interrogerai. Ce sera dans un contexte d'écriture, aussi. Il ne s'agit là non pas de fonctions, mais de dimensions mises à disposition par la civilisation environnante à cette vie, la mienne, qui y fait l'expérience de quelque chose qui s'y lance, s'y étend, puis se retire, s'y lance de nouveau, dans des oscillations comme au hasard, développant ainsi ces dimensions pour elle-même, à l'abri de la place publique - sursaturée, elle, constipée même par la multiplication d'images dont la seule raison d'être, c'est d'y circuler. 


C'est que je considère d'abord mon existence comme une dimension, et non pas comme une fonction. J'y évolue selon des impulsions qui viennent de plus ou moins loin et qui se conjuguent avec d'autres ayant leur source dans mon entourage actuel, immédiat. La part de la volonté, ici, c'est celle d'une résistance bien pesée à ces impulsions, car je n'ai presque plus d'ambitions. En avais-je?


La photographie, miroir du vécu? Miroir plutôt de cette inquiétude qui habite le vécu de l'animal qui parle - l'animal qui, ayant la langue, tombe dès son plus jeune âge dans la réflexion et découvre non seulement le passage du temps, mais aussi sa propre finitude. Or je constate que jusque là, cette inquiétude, je me la suis plutôt cachée dans mes photographies, via l'illusion narrative surtout: la photographie, gardienne du passé! Via l'illusion essentialiste aussi: la photographie, représentant l'idée incarnée par l'objet ou dévoilant l'être caché de la personne photographiée - via l'illusion esthétique: la photographie, médium du culte du beau! Et, finalement, via l'illusion de la familiarité du monde, de par la représentation - constitutive, parfois - de scènes foncièrement habitables.